Brève histoire de l'hypnose

Elle est aussi vieille que l'humanité. Ainsi, une théorie sérieuse propose d'interpréter les peintures rupestres de l'époque préhistorique comme des expressions chamaniques qui permettaient même au chamane d'entrer en transe de type hypnotique. Plus près de nous, des papyrus égyptiens de 3000 ans avant notre ère laissent supposer que l'hypnose servait pour l’anesthésie et pour traiter la douleur. Quoi qu'il en soit, un travail systématique sur l'histoire de l'hypnose reste à réaliser et serait, très certainement, riche pour la pratique de l'hypnose.
Pour ce qui est de l'époque contemporaine et scientifique, rappelons rapidement que c'est Mesmer, puis ses disciples, comme l'abbé Faria et le marquis de Puységur, qui donnèrent une première impulsion à cette spécialité. Ils furent ensuite suivis par Charcot – qui liait état hypnotique et hystérie – et surtout Bernheim de l'école de Nancy qui s'opposa à Charcot en affirmant que c'est l'hypnotiste qui induit l'état d'hypnose.
Freud lui-même prit fait et cause pour Bernheim et pratiqua l'hypnose jusqu'à la découverte du transfert. Toutefois, c'est grâce à l'hypnose que le père de la psychanalyse a mis en avant la notion d’inconscient, ce qui n'est pas rien, et c'est bien grâce à l'hypnose que la psychanalyse est née ! En même temps, en 1918 et en 1934, Freud revint sur la relation entre l'hypnose et l'inconscient.

Enfin Milton Erickson – sur lequel nous ne reviendrons pas car il en a été suffisamment dit – va marquer un tournant dans l'histoire de l'hypnose en mettant de côté une hypnose suggestive au profit d'une hypnose de soin qui est :

  • humaniste ;
  • non directive ;
  • et qui se base sur la mise en valeur des ressources personnelles du client.

En cela, son action fut révolutionnaire et inspira de nombreux praticiens et techniques psychothérapeutiques, dont la plus connue est certainement la PNL.
A noter que cette hypnose est revenue en France via les psychanalystes Léon Chertok, François Roustang et Jean Godin. Il est d'ailleurs curieux que les hasards de l'histoire conduisent des psychanalystes à réintroduire l'hypnose dans le milieu médical français.

L'avancée des technologies à l'usage de la science et certains concepts comme la neuroplasticité du cerveau a permis de montrer l'action concrète de l'hypnose sur le cerveau. Plus particulièrement, le corps calleux – qui est le lien entre les deux hémisphères du cerveau, est plus volumineux de 30% chez les sujets les plus sensibles à l'hypnose.

Ainsi, la caractéristique majeure pour une entrée optimale dans l'état hypnotique dépend de l'échange entre les deux hémisphères du cerveau.
Des expériences avec électrodes montrent également une modification et une désynchronisation du cerveau lorsque le sujet est sous hypnose et suivant, à la fois, la profondeur de la transe hypnotique et l'induction induite par l'hypnothérapeute. Ainsi, la constatation de variations des activités selon les aires cérébrales a conduit à vérifier la mesure du débit sanguin de l'artère sylvienne, l'une des plus importante du cerveau lors d'une séance d'hypnose (schéma). Le résultat est sans appel : l'augmentation importante du débit sanguin prouve une activité cérébrale intense durant la séance d'hypnose.

C'est plus particulièrement le Dr Faymonville, du CU de Liège, qui se mit à traiter les grands brûlés à l'aide de l'hypnose dès 1996 : les soins douloureux que l'équipe médicale devait pratiquer était tellement pénible pour le client que ce praticien décida d'utiliser l'hypnose comme moyen d’annihiler la douleur liée aux soins.
Rappelons aussi le travail de l'équipe de Montréal du Dr Painville qui, par ses expériences, montre que l'hypnose induit un changement de l'activation des aires cérébrales et des réseaux neuronaux, ce qui permet ainsi d'expliciter la notion de différents inconscients en posant alors comme hypothèse que les réseaux serviraient de liens entre ces inconscients.
En d'autre terme, l'hypnose a retrouvé ses lettres de noblesse en retrouvant un crédit scientifique, surtout dans le traitement anti-douleur. Celle-ci a réussi à dégager que l'hypnose n'est en rien magique mais qu'elle se repose sur la matière, même si la science, en même temps, admet ne pas tout comprendre du phénomène hypnotique.